Les miens se meurent, et moi, vivant encore, dans
ma solitude, je les pleure.
Mon peuple est mort et je suis ici, dans ce pays
lointain, errant au sein d'un peuple joyeux qui dort
sur des lits moelleux.
Mon peuple est mort d'une mort douloureuse et je
suis ici qui vit dans l'abondance et en paix.
Je ne vis pas avec mon peuple persécuté, qui marche
dans le cortège de la mort vers le martyre.
Je suis ici, de l'autre côté de l'océan qui vis
dans l'ombre de la quiétude et dans la lumière de la
paix.
Je suis si loin de l'arène misérable et de
l'affliction que je ne suis même pas fier de mes
larmes.
La mort de mon peuple est une accusation
silencieuse; c'est un crime fomenté par les têtes des
serpents invisibles c'est une tragédie sans texte.
Mon peuple est mort tandis que ses mains se
tendaient vers l'Orient etl'Occident, tandis que ses
orbites vides regardaient fixement la noirceur
du firmament.
Il est mort en silence car l'humanité est restée
sourde à ses appels.
Il est mort parce qu'il n'a pas sympathisé avec ses
ennemis, il est mort parce qu'il plaçait sa confiance
dans l'humanité toute entière, parce qu'il était les
fleurs piétinées et non le pied qui écrase.
Il est mort parce qu'il était un bâtisseur de paix,
parce que les monstres de l'enfer se sont levés, ont
tout détruit, parce que les vipères et les enfants des
vipères ont craché du poison dans l'espace où les
saints Cèdres, les roses et les jasmins exhalent leur
parfum.
Extraits de "mon peuple est mort" - Khalil Gibran
-1916.
Malheureusement toujours d'actualité...Bisous à tous et merci pour vos encouragements...