12 Mai 2006
C'est par une chaude journée d'été que les dieux le lui offrirent. Elle trembla d'émotion lorsqu'elle le vit, si fragile. Les dieux lui confiaient un présent tout à fait particulier, un présent qui, un jour, appartiendrait à la terre toute entière. D'ici là, lui demandèrent les dieux, elle devait en prendre soin et le protéger. Elle répondit qu'elle avait compris et le ramena respectueusement chez elle, résolue d'être à la hauteur de la confiance que les dieux lui avaient manifestée.
Au début elle ne le quitta pratiquement jamais des yeux, le protégeait de tout ce qui aurait pu nuire à son bien être. Lorsqu'il commenca à s'éloigner du cocon protecteur qu'elle avait érigé autour de lui, elle le surveilla, le coeur rongé d'inquiétude. Cependant elle prit bientôt conscience qu'elle ne pouvait pas le garder indéfiniment à l'abri. Il fallait qu'il apprenne à affronter la dure réalité pour devenir plus fort. Avec précaution, elle lui donna donc l'espace dont il avait besoin pour grandir en toute liberté.
Parfois elle se couchait, sans pouvoir dormir, submergée par le sentiment de ne pas être à la hauteur. Elle doutait de sa capacité d'assumer l'immense responsabilité qu'on lui avait confiée. Dans ces moments difficiles, elle entendait le doux murmure des dieux qui la rassuraient en lui disant qu'elle faisait certainement de son mieux. Réconfortée, elle trouvait alors le sommeil.
Avec les années, elle prit de l'assurance face à ses responsabilités. Le présent qu'elle avait reçu avait tellement enrichi sa vie, de par sa seul existence, qu'elle ne pouvait plus se rappeller la vie qu'elle avait menée avant de le recevoir, ni s'imaginer que serait la vie sans lui. Elle en avait presque oublié l'engagement pris devant les dieux.
Un jour, elle se rendit compte, à quel point le présent avait changé. Il ne donnait plus cette impression de vulnérabilité. Maintenant l'aplomb et la solidité semblaient émaner de lui comme si une force commencait à l'habiter.
Mois après mois, elle le regardait grandire en force et en puissance, et sa promesse lui revint alors à l'esprit . Dans son coeur, elle sentit que se rapprochait le moment où elle allait devoir s'en séparer.
Inévitablement ce jour arriva où les dieux vinrent reprendre le présent pour l'offrir au monde.
La femme éprouva un immense chagrin car elle savait que la compagnie du présent lui manquerait. Profondément reconnaissante toutefois, elle remercia les dieux de lui avoir donné le privilège de veiller sur lui pendant si longtemps.
Elle releva fièrement la tête, car il y avait là un présent véritablement unique, un présent qui allait participer à la beauté et à l'essence même du monde autour de lui.
Dès alors, la mère laissa partir son enfant.
Renée VROMAN
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